Chère Agnès (spectacle Itinérant)

Cette saison l’Odéon-Théâtre de l’Europe revient pour une deuxième édition¹ du programme de médiation culturelle soutenu par la région Ile-de-France, Spectacle Itinérant : une petite forme théâtrale itinérante à destination de lycéens.

Constitué de trois temps forts, l’objectif de ce dispositif est simple : proposer une expérience théâtrale à des élèves.
Le projet cette année s’est construit autour de l’œuvre de Molière L’École des femmes. « L’École des femmes en itinérance » propose un parcours qui entrelace spectacle in situ, temps de rencontre et de pratique, sortie au théâtre.

Cyril Bothorel et Kanel Jalta. photo © DR

Cyril Bothorel et Kanel Jalta.
photo © DR

Dans un premier temps, les élèves assistent au sein même de leur établissement à la représentation d’une petite forme théâtrale de quarante minutes, Chère Agnès. La metteure en scène Delphine Léonard, formée au Théâtre National de Strasbourg, a été chargée de cette commande. La mission est de faire connaître l’œuvre et la langue de Molière aux élèves.
Delphine Léonard a choisi d’y répondre en se focalisant sur la relation Arnolphe/Agnès (interprété respectivement par Cyril Bothorel et Kanel Jalta), mettant en exergue la domination et le jeu de pouvoir entre les deux personnages.

ARNOLPHE:
Je ne puis faire mieux que d’en faire ma femme
Ainsi que je voudrai je tournerai cette âme :
Comme un morceau de cire entre mes mains elle est,
Et je lui puis donner la forme qui me plaît.
[Molière. L’École des femmes, acte IV scène 3]

Au texte de Molière, Delphine Léonard a souhaité confronter une voix contemporaine ; celle de Chimamanda Ngozi Adichie, une autrice nigériane reconnue pour son engagement féministe. Ses romans sont des best-sellers dans le monde entier. Elle jouit d’une forte popularité aux États-Unis notamment. La voix de Chimamanda Ngozi Adichie fait alors d’écho aux alexandrins de Molière.

Cette partition met en valeur ce que Chimamanda Ngozi Adichie porte si fort dans ses deux courts textes : le travail de pensée ouvrant sur un féminisme éclairé, qui s’appuie sur l’interrogation du fait culturel et éducatif. Dans la relation entre Arnolphe et Agnès de L’École des femmes comme dans les situations à Lagos relatées par Adichie, à la fin du XVIIe siècle comme au début du XXIe siècle, les représentations des hommes et des femmes sont construites, intégrées et à interroger par nos consciences d’aujourd’hui. L’écart dans le temps des deux œuvres n’en éclaire que mieux la question du fait culturel dans l’histoire.
Delphine Léonard, note d’intention pour Chère Agnès, novembre 2018

La proximité spatiale entre les acteurs et les élèves modifie de manière significative l’écoute du spectateur. Les élèves se sentent à vue et sont pris à partie par les comédiens, leur écoute est beaucoup plus active et les réactions sont directes et organiques.
À la suite de cette représentation, une rencontre entre les élèves et l’équipe artistique est organisée.
Les discussions permettent de faire émerger les enjeux de la représentation mais également de débattre autour de ce sujet actuel : les inégalités entre les hommes et les femmes. Grâce à la représentation, il est facile pour les lycéens de s’exprimer.

Élève garçon : J’suis d’accord quand elle dit que les inégalités entre les hommes et les femmes existent. Par exemple ma grand mère m’interdisait de faire le ménage alors que ma sœur était obligée de le faire.
Delphine : Ah, et quand est-ce que tu en as pris conscience de ça ? Est-ce que tu trouvais ça bizarre ?
Élève garçon : Bah mon père n’était pas d’accord, du coup il a inversé les rôles.

Cyril : Mais toi (désigne une jeune fille), tu n’es pas d’accord ?
Élève fille : Je me vois mal plus tard, avec mon mari quand j’habiterai avec lui, que quand je rentre ce soit lui qui ait fait à manger, le ménage, la vaisselle… Peut être aussi c’est parce que j’ai été éduquée comme ça, mais pour moi c’est un rôle de femme. C’est la femme du foyer qui fait ça.
Delphine : Dans ta projection, tu te sentirais dépossédée de quelque chose ? De ces tâches ? Si lui les faisait, t’aurais l’impression de plus avoir ton rôle dans le foyer ?
Élève fille: Oui ça me ferait bizarre.
Cyril: Et si la tâche était partagée ?
Élève fille : Après il peut faire quelques petits trucs mais c’est le rôle de la femme.

Dans un deuxième temps, une sortie à l’Odéon-Théâtre de l’Europe est organisée. Les élèves sont donc amenés à découvrir les codes du lieu « théâtre ». Les lycéens assistent à la représentation de L’École des femmes mise en scène par Stéphane Braunschweig. L’occasion pour eux de découvrir l’œuvre de Molière dans son intégralité, avec comme appui d’écoute la représentation de Chère Agnès à laquelle les élèves ont assisté.

Enfin, dans un troisième et dernier temps, les élèves sont sollicités différemment dans un atelier de jeu. Ils passent de spectateurs à acteurs. Ce mouvement leur permet de s’approprier une nouvelle fois une œuvre du répertoire classique en se reposant sur leurs expériences de spectateurs.
L’atelier de pratique théâtrale est animé également par l’équipe artistique de Chère Agnès.

¹Première édition inspirée du dispositif mise en place par la région France-Comté. Séparation(s) mise en scène par Denis Loubaton autour de Bérénice de Jean Racine.

Action financée par la Région Ile-de-France.